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Induire un vrai changement dans la protection sociale

Monica Cabanas est chef de cabinet du secrétariat de la sécurité sociale du ministère brésilien de la Protection sociale. Jeune femme bien décidée à induire un véritable changement dans son pays, Monica a suivi plusieurs cours au Centre international de formation de l’OIT de Turin avant de donner elle-même une formation sur la protection sociale pour les pays d’Afrique lusophone. Elle siège aujourd’hui au Conseil du Centre et espère que plus de cours en portugais seront organisés dans un futur proche.

Interview avec Monica Cabanas, ministère de la Protection sociale, Brésil

OIT: Pourriez-vous nous en dire plus sur votre carrière et votre rôle au sein du ministère?
Monica Cabanas: Je suis originaire de Porto Alegre, où je travaillais comme journaliste. Je me suis toujours intéressée aux enjeux sociaux et j’ai d’ailleurs rédigé ma thèse sur la condition des femmes travaillant dans le secteur domestique au Brésil. À mes débuts au ministère de la Protection sociale, j’étais chargée des services de sécurité sociale dans la zone métropolitaine de Porto Alegre, une grande ville du sud du pays. J’ai ensuite été appelée à travailler pour le secrétaire d’État chargé des politiques de sécurité sociale au niveau national. Aujourd’hui, je suis la secrétaire exécutive du Conseil national de la protection sociale et je dirige depuis février un forum national, ce qui constitue une initiative d’un genre tout nouveau dans ce secteur.

OIT: De quoi traite exactement ce forum?
Monica Cabanas: Il a été lancé par le Président Luiz Inácio Lula da Silva dans le but d’étudier un plan à long terme de protection sociale au Brésil. La nouveauté, c’est que les débats se déroulent pour la première fois sur une base tripartite, avec la participation du gouvernement et d’associations de travailleurs et d’employeurs. Le tripartisme est un concept clé des cours donnés à Turin et je pense qu’il est essentiel d’impliquer une frange plus large de la société dans les décisions relatives à la protection sociale parce que la sécurité sociale a besoin d’un consensus fort pour être durable.

OIT: Vous parlez également des questions de genre...
Monica Cabanas: Oui, mon rapport sur les travailleurs domestiques au Brésil a servi de base aux discussion sur la nouvelle législation dans ce domaine; la plupart de ces travailleurs sont des femmes qui ne bénéficient d’aucune protection sociale. Aujourd’hui, une loi affronte le problème de manière indirecte: elle accorde d'importants avantages fiscaux aux employeurs qui officialisent la situation de leurs travailleurs domestiques et contribuent au programme national de pensions. De la sorte, il est plus intéressant de déclarer les travailleurs que de les maintenir dans la clandestinité. Nous recevrons bientôt les données du ministère des Finances sur l’impact de la nouvelle loi, mais je serais incapable de vous dire s'il s’agit d’une bonne loi ou non. Ma méthode consiste à passer par la concertation et à tirer les enseignements des bonnes pratiques, comme je l’ai appris à Turin.

OIT: Parlez-nous des cours que vous y avez suivis.
Monica Cabanas: J’ai commencé en 2001 par un atelier sur le financement des pensions et de la sécurité sociale. En 2003-2004, j’ai participé à un cours tripartite sur la gestion des institutions de sécurité sociale, qui s’est déroulé en partie à distance et en partie à Montevideo, en Uruguay. Et maintenant, je suis le cours à distance « Genre, pauvreté et emploi » dans le cadre du projet Eurosocial. D’autre part, j’ai moi-même officié en tant que spécialiste lors d’un cours sur la protection sociale destiné aux pays d’Afrique lusophone. Un premier séminaire a été organisé à Turin l’année dernière et un deuxième cette année; l’année prochaine, plusieurs activités sont prévues au Brésil pour des participants venant de pays africains.

OIT: Ces cours ont-ils eu un impact notable sur votre travail?
Monica Cabanas: J’ai étudié en Europe et aux États-Unis, et les cours que j’ai suivis au Centre international de formation de l’OIT à Turin m’ont conféré les connaissances et compétences pratiques nécessaires à la mise en œuvre des politiques du ministère de la Protection sociale. Les formateurs sont hautement qualifiés et il est presque impossible de trouver ailleurs les informations disponibles à Turin. L’accès à toutes les ressources et aux bonnes pratiques est essentiel pour quelqu’un dans ma position.
Enfin, le fait même d’être en contact avec des personnes d’autres pays, qui participent au cours afin d’apprendre comment affronter des problèmes similaires, est très enrichissant et vous fait voir les politiques d’un autre œil.

OIT: En tant que jeune femme occupant une position élevée dans un ministère, êtes-vous une exception au Brésil? Quelle est la situation dans votre pays?
Monica Cabanas: Il y a un problème de discrimination basée sur le genre, qui concorde malheureusement aussi avec un phénomène de discrimination raciale. Par conséquent, certaines femmes ont vraiment beaucoup de mal à trouver un travail décent et même à joindre les deux bouts, mais d'autres occupent des positions élevées dans la société ou le monde politique. Le gouvernement brésilien a récemment institué un Secrétariat spécial des droits des femmes et de la discrimination, et l’intégration des questions de genre est désormais une priorité transversale de tous les ministères. En fait, un des sujets dont nous parlons au sein du forum que je dirige est l’extension de la protection sociale parmi les femmes pauvres. J’espère que nous allons dans la bonne direction et que nous parviendrons à aider les femmes à sortir de l’économie non structurée. C’est là un enjeu prioritaire au Brésil et c’est pour cela que je participe à Turin à un cours sur le genre et la protection sociale.

OIT: Estimez-vous montrer l’exemple aux femmes de votre âge dans votre pays?
Monica Cabanas: Non. Ce n’est pas tellement mon style de penser à mon rôle personnel. Je préfère me considérer comme une membre d’une communauté; j’essaie de m’impliquer et de m’intégrer dans un groupe. En ce sens, contribuer activement à ma communauté me semble plus important qu’être juste un exemple.

ILO: Maintenant que vous siégez au Conseil du Centre, souhaitez-vous développer un aspect en particulier?
Monica Cabanas: Oui. Par exemple, en tant que citoyenne brésilienne, il y a un sujet qui m’est cher. Les Brésiliens ne parlent pas toujours d’autres langues et ils ne peuvent donc souvent pas étudier à l’étranger comme je l’ai fait à Turin. C’est pourquoi j’insisterai sur la nécessité pour le Centre de proposer des formations en portugais. En réalité, le Brésil et les pays d’Afrique lusophone ont de nombreux problèmes communs: amélioration de la protection sociale, manque d’outils de développement et absence de cours et de matériels didactiques en portugais. Quand on sait que peu d’entre nous parlent espagnol, on comprend que c’est un obstacle à notre développement parce que nous ne pouvons même pas participer au moindre atelier.

Propos recueillis par Ian Palombi, Département de la communication, OIT Genève

 

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