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La crise financière et la mondialisation

L’année académique 2008-2009 des programmes post-universitaires* du Centre a été officiellement inaugurée aujourd’hui sur le campus, offrant aux participants aux cours et aux membres du personnel l’occasion unique d’assister à une conférence donnée par le professeur Mario Deaglio**. Considéré comme un des plus grands experts italiens en matière d’économie, le professeur Deaglio enseigne l’économie internationale à l’Université de Turin et signe une rubrique dans plusieurs publications faisant autorité. Sa présentation a porté sur « La crise financière et la mondialisation: perspectives économiques et politiques ». Cliquez sur le titre pour en savoir plus.
La crise financière et la mondialisation

Photo © ITC-ILO – Matteo Montesano

« Le ralentissement économique mondial commence à quitter les marchés financiers et à avoir de l’impact sur l’emploi. Les chiffres du chômage publiés au Royaume-Uni cette semaine montrent que plus d’1,8 millions d’individus sont sans travail, soit 140 000 de plus qu’il y a trois mois. La situation est similaire dans d’autres pays. Ainsi, aux États-Unis, ces chiffres sont également préoccupants et l’Allemagne - premier exportateur mondial - est officiellement entrée en récession. Le ralentissement a des retombées partout en raison de la nature connectée de l’économie mondiale. » (Source: bbc.co.uk - 13 novembre 2008).

« Pour les 1,5 milliards de salariés dans le monde, des temps difficiles sont à venir, déclare le Directeur général du BIT, Juan Somavia. Une croissance économique faible, voire négative, combinée à des prix alimentaires et énergétiques hautement volatiles, va amputer les salaires réels de nombreux travailleurs, en particulier les bas salaires et les ménages les plus pauvres. Les classes moyennes seront également sérieusement affectées. » (Source: BIT, Rapport mondial sur les salaires 2008/09).

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Dans ce contexte, il serait difficile de nier que le monde traverse une période difficile ou de l’attribuer à l’exagération des médias.

Dans la présentation qu’il a donnée le 25 novembre au Centre international de formation de l’OIT, le professeur Deaglio analyse la situation tout d’abord d’un point de vue microéconomique. Il montre comment l’« épidémie » a été déclenchée par la « crise des sub-primes » aux États-Unis. Les produits financiers de ce type diffèrent grandement du système traditionnel de prêts.

Le professeur Deaglio a identifié plusieurs « vagues » dans la crise financière actuelle:

- la « contamination financière » qui a affecté les produits bancaires structurés et mené à de lourdes pertes pour les banques et d’autres institutions financières;

- la méfiance réciproque entre les banques, qui a empêché les marchés financiers interbancaires de fonctionner correctement et causé une baisse des transactions bancaires en général;

- la chute généralisée des prix de l’immobilier aux États-Unis et les grosses pertes subséquentes endurées par les banques et les autres acteurs financiers.

En vertu de l’effet domino induit par l’interaction entre ces vagues, l’épidémie s’est répandue aux États-Unis et en a même franchi les frontières. Les principaux facteurs que le professeur Deaglio estime être au cœur même de la crise sont les stratégies à court terme des entreprises et du secteur financier, le manque de transparence et de régulation effective des grands marchés financiers et la surmédiatisation de la crise.

D’après le professeur Deaglio, d’un point de vue macroéconomique, la crise financière a entraîné une diminution des achats de produits de consommation et une baisse des activités dans le bâtiment, de sorte que l’économie américaine s’est grippée. Par conséquent, les échanges sur les places financières et les importations américaines ont chuté. Cette situation a causé un arrêt de l’économie mondiale.

Des solutions d’urgence ont été trouvées: des liquidités ont été injectées dans les points faibles du système, les taux des marchés monétaires ont été abaissés et les banques centrales ont pu racheter les « mauvais élèves ». En outre, d’autres interventions à long terme doivent être prévues, telles que l’instauration de règles renforcées en matière de transparence et de responsabilité, la coordination des activités des gouvernements et des banques centrales au niveau mondial et la création d’institutions ad hoc chargées de réorganiser le système bancaire et financier.

Tout cela fonctionnera-t-il? Les scénarios vont du plus catastrophique au plus optimiste. « Espérons qu’il n’y aura pas de catastrophe financière due à l’écroulement du système des cartes de crédit, ajoute le professeur Deaglio. Cette crise entraînera-t-elle la fin de la suprématie financière des États-Unis et une fragmentation de l’économie mondiale? Ou assistera-t-on à une sorte d’adaptation rapide à la suite des interventions des gouvernements et de la réforme des institutions internationales telles que le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale? Ce sont là autant de dilemmes qui attendent le nouveau président américain. »

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* Le programme de cours post-universitaires du Centre est conduit en collaboration avec l’Université de Turin et d’autres institutions académiques prestigieuses, comme l’Université de Paris I-Sorbonne. Il bénéficie du partenariat scientifique conclu avec des agences des Nations Unies telles que l’UNESCO ou l’OMPI et de l’appui du ministère italien des Affaires étrangères, de la Région Piémont, de la Province de Turin, de la Ville de Turin, de la Compagnia di San Paolo et de la Fondazione CRT.

** Considéré comme un des plus grands experts italiens en matière d’économie, Mario Deaglio embrasse une double carrière de professeur d’université et de journaliste financier. Au niveau académique, il enseigne l’économie internationale à l’Université de Turin. Ses recherches scientifiques portent essentiellement sur les économies occidentales modernes, et en particulier la distribution des revenus, les économies « cachées », l’épargne et les « longs cycles économiques ». Actuellement, il se penche sur les enjeux liés à la mondialisation. Sur le plan journalistique, il collabore avec plusieurs quotidiens et magazines, dont The Economist, Panorama et Il Secolo XIX. De 1980 à 1983, il dirigea Il Sole 24 Ore, le plus célèbre quotidien financier italien. Il tient également une colonne fort appréciée dans La Stampa. Enfin, le professeur Deaglio est l’auteur ou coauteur de nombreux livres, études, monographies et articles scientifiques.

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