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Une synergie efficace

actualités - 26/11/2014

Entretien avec Michelle Mills et Bernd Seiffert, fonctionnaires de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et experts invités lors de l’activité « Un avenir sans travail des enfants: éliminer les pratiques nocives dans l’agriculture » qui s’est tenue du 3 au 7 novembre 2014 sur le campus.

Vous êtes venus à Turin pour partager avec nos participants votre expérience sur un cours d’apprentissage à distance conjoint FAO-OIT sur l'élimination du travail des enfants dans l'agriculture. Pouvez-vous dire également quelques mots à nos lecteurs?

Nous savions vu que la FAO et l'OIT avaient vécu de très bonnes expériences d’activités conjointes de renforcement des capacités au niveau des pays, par exemple sur l’alignement de la position des ministères de l'Agriculture et du Travail sur des questions telles que les façons d’appliquer au mieux la législation du travail au secteur agricole – parce que souvent la législation du travail exclut explicitement l'agriculture – ou d’intégrer les politiques agricoles dans l’Agenda du travail décent. Cette approche a fonctionné dans un certain nombre de pays, par exemple au Malawi. Cependant, nous avons assez rapidement ressenti que nous étions limités au niveau de la portée, et c’est un des éléments qui ont incité la FAO et l'OIT à s’engager conjointement dans le développement d'un nouveau cours de formation à distance sur l'abolition du travail des enfants dans l'agriculture. Nous espérons que ce cours, actuellement en cours de développement, nous permettra, avec ses 18 leçons, d'atteindre un public beaucoup plus large. Les trois premières ont déjà été publiées et ciblent particulièrement:

  • les décideurs et conseillers politiques agricoles;
  • les techniciens supérieurs chargés de l’exécution et du suivi des programmes de sécurité agricole et alimentaire
  • les ingénieurs agronomes, qui peuvent influencer le développement de technologies et de pratiques agricoles. Par exemple, les technologies d'économie de main-d'œuvre constituent une approche très intéressante pour réduire la demande de travail des enfants et promouvoir des pratiques agricoles sûres;
  • les statisticiens sur l’agriculture, afin de mieux comprendre où et quel type de tâches les enfants accomplissent dans l'agriculture, les conditions de travail et les points d’intervention éventuels des acteurs.

En bref, ce cours s’adresse aux intervenants du secteur agricole, mais il est certainement aussi intéressant pour d’autres publics. Le travail des enfants se rencontrant à 60% dans l'agriculture, nous avons pensé qu'il était temps pour les parties prenantes de ce secteur d’intervenir plus activement et de prendre des mesures. Parmi toutes les agences de l'ONU, c’est évidemment l’OIT qui est la plus active dans le domaine du travail des enfants, et elle fait de l’excellent boulot, en particulier dans les chaînes de valeur agricoles internationales. Nous avons conclu en 2007 un partenariat avec plusieurs organisations et avons découvert qu'il y a des domaines où le travail des enfants est très étroitement lié à la pauvreté et qui sont difficiles à atteindre avec la recherche et les approches traditionnelles. Nous avons ainsi compris que nous devions élargir la base des intervenants si nous voulions agir ensemble sur des questions comme le travail des enfants, par exemple dans la pêche à petite échelle ou dans les fermes, souvent caractérisées par l'emploi indépendant, et où les agriculteurs et les producteurs ne sont pas organisés en associations. Il nous faut de nouveaux mécanismes de collaboration; c’est pourquoi nous avons mené cette expérience pilote de cours d’apprentissage à distance conjoint à travers un partenariat international pour la coopération sur le travail des enfants et l'agriculture. Ce sera un outil très important pour atteindre un public plus large et pour inciter plus de ministères du Travail et de l'Agriculture à collaborer.

 

Pourquoi les questions liées au travail des enfants sont-elles aussi importantes dans l’agriculture?

Selon les dernières estimations de l'OIT, environ 98 millions d'enfants travaillent dans l'agriculture. La plupart d'entre eux accomplissent un travail familial non rémunéré. C’est principalement dû à la pauvreté, mais aussi à de nombreux autres facteurs complexes. Au-delà bien sûr des droits de l'homme et des normes fondamentales du travail de l'OIT, il est très important d'aborder cette question d’un point de vue agricole parce que si les enfants n’ont pas accès à l'éducation, ils ne trouveront pas de bonnes possibilités de travail dans l’agriculture. Face à la demande mondiale croissante d'aliments attendue pour les prochaines décennies, nous devons innover dans l'agriculture, nous devons éduquer les travailleurs à être plus innovants et productifs. Lutter contre le travail des enfants dans l'agriculture aidera les organisations agricoles à atteindre leur objectif d’augmentation durable de la production agricole et de renforcement de la sécurité alimentaire.

 

En quoi l’éducation des parties prenantes peut-elle contribuer à protéger les enfants peuvent-ils être protégés contre les dangers et les risques qui les guettent dans l’agriculture?

L'éducation des parties prenantes est certainement un élément essentiel, mais ce cours propose une leçon spécifique qui traite des dangers du travail des enfants. Par exemple, il y a une leçon sur les pesticides, qui vise en particulier les enfants qui ont atteint l'âge minimum d’accès à l'emploi mais pas encore 18 ans, pour lesquels une situation de travail peut aller du travail dangereux, par exemple lors de l'application de pesticides, à l’emploi décent des jeunes si un garçon de 16 ans travaille dans l’agriculture, perçoit un bon revenu et adopte des pratiques agricoles alternatives à l'utilisation de pesticides. Nous avons même une chance unique de transformer le travail dangereux des enfants en emploi décent des jeunes dans certaines situations. Pour cela, il faut développer les capacités de nombreux acteurs et, de nouveau, avec ce cours nous pensons que nous proposons pas mal d’approches, d’outils et de connaissances nécessaires pour reconnaître une situation et les potentiels inexploités.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre expérience des activités du Centre?

C’est la troisième fois que nous venons au Centre de la FAO afin d’intervenir lors de cours sur le travail des enfants dans l'agriculture, et nous voyons en ce cours un excellent outil à bien des égards. Il aide les pays qui envoient leurs fonctionnaires et les représentants de leurs employeurs et travailleurs à adopter un esprit de partenariat pour une meilleure coordination sur les questions de travail des enfants, et à jouer un effet multiplicateur lors de leur retour au pays. Nous avons identifié plusieurs « champions » avec lesquels nous continuerons à  travailler au niveau des pays. Pour en revenir à l’apprentissage à distance, plusieurs participants sont de fervents défenseurs de cette modalité et se feront forts de faire connaître cette activité dans leur pays. Nous sommes également en train de réfléchir à la manière d’inciter certaines organisations à faire participer leur personnel à ce cours. 

 

Avez-vous un message particulier à faire passer?

La FAO est consciente du potentiel que recèle la collaboration avec l’OIT et le Centre. Nous travaillons déjà ensemble dans pas mal de domaines, tels que la sécurité alimentaire, les questions de genre ou l’emploi décent, mais il faut aller encore plus loin, parce que nos deux organisations ont de nombreux objectifs en commun et parce que nous pourrions proposer des services de développement des capacités plus nombreux, plus efficaces et à un niveau plus élevé.

 

Pour d'amples informations, veuillez consulter le site www.fao.org/2/childlabouragriculture