Parole aux participants: pleins feux sur le genre

Extrait du témoignage de Ghislaine Saizonou, Département Égalité et Protection sociale, Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique), Lomé, Togo

Projet: « Renforcement des capacités organisationnelles et institutionnelles à travers l’audit du genre pour une meilleure promotion de la femme et l’intégration du genre auprès des confédérations syndicales  africaines affiliées à la CSI-Afrique », 2011-2014

Exemples de résultats  immédiats des audits de genre

  • Détermination des modalités d’une véritable promotion du genre dans les organisations syndicales et des moyens de mise en application
  • Établissement des performances de départ relatives à l’intégration de la dimension de genre
  • Identification des écarts et défis critiques pour l’intégration de l’égalité entre hommes et femmes au sein des organisations ciblées
  • Passage en revue des terminologies utilisées pour l’intégration de l’égalité entre hommes et femmes dans les statuts et constitutions des confédérations et fédérations affiliées auditées à la CSI-Afrique
  • Intégration par le personnel  des organisations auditées de la notion de genre et du principe d’égalité entre hommes et femmes
  • Création de trois réseaux de responsables syndicaux d’audit de genre, composés en majorité de femmes, par sous-région (Afrique de l'Ouest francophone, Afrique anglophone, Afrique centrale et îles)
  • Développement d’une expertise syndicale en audit participatif de genre
  • Déconstruction des idées préconçues sur le genre auprès des participantes et participants: le genre n'est plus réduit à la femme
  • Sensibilisation des dirigeants au changement de l'environnement syndical sensible à la dimension de genre
  • Prise de conscience par les femmes syndicalistes de la nécessité de disposer d'un pouvoir électif
  • Création d’un réseau syndical des femmes en Afrique de l’Ouest

 

Ces audits ont permis de mettre en exergue  la faible capacité technique des femmes en tant que ressources humaines, le niveau de connaissance limités des hommes et des femmes sur les conventions et instruments juridiques aux niveaux national et international, les limites des points focaux  en ce qui concerne l'utilisation des nouvelles technologies de l'information et la régularité de la communication avec le siège de la CSI-Afrique,  la capitalisation de leur travail par la production d’articles et leur intégration officielle dans les instances de définition des politiques.

 

Exemples d’impacts immédiats et de changements intervenus sur les plans national,  sous-régional et régional

  • Adhésion des organisations syndicales auditées au changement
  • Développement de la solidarité et échange de bonnes pratiques entre les comités des femmes au niveau national et, dans certains pays, plus grande visibilité de la collaboration entre les comités des femmes au niveau national à travers des actions unitaires
  • Renforcement de l’unité d’action et implication des hommes responsables des centrales (Sénégal, Burkina Faso et, plus récemment, Togo)
  • Mise à disposition de comptes en banque pour les comités des femmes afin d’accroître leur autonomie, ce qui n'était pas acceptable ni imaginable il y a quelques années
  • Lancement du processus de révision des constitutions/statuts incluant des quotas et un langage sensible au genre au sein des 35 structures syndicales auditées
  • Institutionnalisation progressive des quotas de femmes et du respect des 30% de femmes dans les postes de décision lors des élections de certains bureaux confédéraux
  • Difficulté d'application des recommandations liées au respect des règles statutaires et à l’insuffisance des ressources – surtout financières – allouées à l'exécution des plans stratégiques ou aux plans d'action élaborés lors des audits
  • Utilisation par certaines femmes responsables des résultats des audits pour mobiliser des ressources ou concevoir des projets assez crédibles et financièrement mieux élaborés
  • Installation progressive du recours aux statistiques ventilées

 

SUIVI DES AUDITS

Deux réunions ont été organisées en Afrique de l'Ouest, auxquelles ont notamment participé 19 dirigeantes syndicales et présidentes des comités des organisations affiliées à la CSI-Afrique pour la première, et 23 présidentes des comités des organisations affiliées à la CSI-Afrique pour la seconde.

Le suivi a permis d'identifier et de partager les informations sur les mécanismes, les pratiques et les attitudes qui ont contribué positivement à l’intégration de la dimension de genre dans les organisations auditées.

Principal résultat de l’audit

Il faut aller vers des projets d’accompagnement à court et moyen termes qui tiennent compte des résultats et recommandations des audits avant d'entamer toute étude d'impact sérieuse car les recommandations visant à l’amélioration des performances suggèrent des actions concrètes. C'est pourquoi nous souhaitons, surtout pour la sous-région Afrique de l'Ouest, un véritable programme d’accompagnement suivi par le bureau régional et ACTRAV.

 

MÉCANISME RÉGIONAL INSTITUTIONNEL DES AUDITS

  • Implication du secrétariat politique de la CSI-Afrique: les secrétaires généraux ont été informés par la CSI-Afrique dès le début du processus. L'adoption du plan stratégique et des plans d'action annuels lors des conseils généraux est une illustration de cette implication
  • Après chaque formation au niveau régional, un courrier confirme les facilitateurs et facilitatrices et leur annonce la suite de la démarche
  • Avant chaque exercice d'audit au niveau national, la CSI-Afrique envoie un courrier pour confirmer  l'audit et soutient financièrement l’activité

 

PLUS-VALUE DE L’EXERCICE

On a pu découvrir des dirigeants et du personnel d'encadrement qui n'ont jamais été formés sur la question du genre mais qui sont aux commandes des organisations depuis des dizaines d’années. Il ne faut donc pas seulement corriger les lourdeurs socioculturelles, mais réaliser tout un travail dans le domaine du renforcement des capacités des dirigeants, hommes et femmes.

La plupart des comités des femmes ne disposent pas avant les audits de documents de vision à court et à moyen termes qui leur permettraient de mener des actions de grande envergure. Malgré l’existence d’un système organisationnel, l’absence d’un plan de développement stratégique réduit l’impact des efforts déployés par les comités de femmes envers leurs membres, qui du reste sont très déterminées à améliorer leur sort et leur quotidien. Le travail accompli comble ce vide aujourd'hui.

Même s’il existe des activités, elles sont encore très parcellaires et non intégrées, et leur impact reste limité. À titre d’exemple, on peut citer la non-atteinte du taux de 40 ou 45% de femmes au sein des instances, faute d’une sensibilisation permanente et soutenue pour lever les équivoques sur les questions de genre et les tabous que nourrissent encore certains secrétaires généraux de centrales syndicales.

Certaines actions entrent dans le cadre des missions traditionnelles de la centrale. La mesure des performances des actions menées sur le terrain en direction des femmes est d’ailleurs très difficile  à réaliser à cause de l’absence de bases de référence.

La corrélation qui doit exister est plus évidente entre la lutte syndicale et le renforcement des pouvoirs des femmes et de leur position, aussi bien dans le mouvement syndical que dans la vie professionnelle et sociale.

On brise progressivement le tabou de la collaboration avec les ONG  dans l’optique d’une synergie d'action.

L'exercice a également permis de noter l’importance des progrès au niveau national en matière d'égalité des genres  et des arguments positifs qu'on peut en tirer pour induire de réels changements au sein du directoire syndical et prendre de bonnes orientations dans les alliances.

Les documents de base que nous avons eu à consulter nous permettent de mettre l’accent sur les leçons apprises et sur la vitalité de la coordination entre les femmes. Ces enseignements pourraient servir de piliers pour accélérer l’implantation, l’extension et le développement de l’intégration des questions de genre au sein des centrales, en tirant profit des possibilités associées aux changements de l’environnement aux niveaux national, régional et international.

 

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