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Une fonctionnaire du CIF-OIT se lance dans une course en solitaire entre La Rochelle et Salvador de Bahia

Rencontre avec Daniela Klein, fonctionnaire au Centre de Turin. Daniela Klein participera prochainement à une transat en solitaire, et se mesurera à 83 autres concurrents, dont seulement 5 femmes. Les skippers s’élanceront de La Rochelle (France), feront étape à Funchal (Madère, Portugal), à 1100 milles, et arriveront à Salvador de Bahia, à 3100 milles. Ils parcourront au total 4200 milles, l’équivalent de 8000 kilomètres. Daniela prendra le départ le 13 septembre. La durée de sa traversée dépendra grandement des conditions météorologiques. On peut estimer que la première étape prendra une semaine, tandis qu’il lui faudra au moins 20 jours pour la seconde.

1. Daniela, pourquoi avez-vous décidé de participer à cette transatlantique à la voile ?

Cette course est bien plus qu’une manifestation sportive. Il m’a fallu plus de trois ans de préparation intensive et méticuleuse pour que ma participation soit acceptée. J’y ai mis tout ce que je savais, et que je ne savais pas encore. J’ai dû acquérir des compétences dans un tas de domaines, de l’astronomie jusqu’à l’électronique, mais dans l’ensemble, j’ai surtout dû apprendre à me dépasser encore et encore. Aucun autre projet ne m’avait demandé une telle mobilisation de ma vie toute entière. Jamais je n’avais dû me transformer ainsi en mon propre « moteur ». C’est un défi que l’on se lance à soi-même, et pour le relever, il m’a fallu rassembler beaucoup de personnes « raisonnables », et accepter des risques semblant totalement irrationnels dans la vie courante. Mais au final, je sais que tous les skippers qui couperont la ligne d’arrivée auront remporté une victoire sur eux-mêmes. C’est une question de volonté, d’engagement, de persévérance et de capacité à toujours trouver en soi les ressources pour surmonter les obstacles de la vie.


2. Pourriez-vous nous parler de vos précédentes courses de voilier ?

J’ai participé à de nombreuses régates nationales et internationales sur des voiliers plus grands, depuis la Giraglia Rolex Cup jusqu’aux championnats d’hiver en tant que barreuse. J’ai parcouru et traversé l’Atlantique sur plus de 10000 milles et j’ai franchi l’équateur plusieurs fois. En 2007, j’ai acheté un voilier pour participer à cette course en solitaire dénommée « Transat 6,50 » car elle est réservée aux voiliers de 6,5 mètres. Pendant la période de qualification, j’ai participé à beaucoup de régates en Méditerranée et dans l’Atlantique. J’ai remporté la Course de Lions et la Mini Max en 2007, et j’ai terminé troisième et quatrième lors de deux Grands Prix d’Italie. J’ai navigué près de 8000 milles entre les régates et les transferts de 2007 à aujourd’hui.


3. Qu’avez-vous dû apprendre pour vous préparer à cette course ?

J’ai dû conjuguer toutes les compétences nécessaires à une gestion de projet : promotion, mobilisation des ressources, financement, communication etc. J’ai aussi dû acquérir des compétences techniques. Je dois pouvoir réparer tout ce qui se trouve à bord, une voile brisée, un trou dont la coque, une soudure. Je dois pouvoir résoudre les pannes électriques, calibrer l’électronique, manœuvrer les poulies et les charges. J’ai aussi appris la cartographie et l’astronomie. J’ai suivi une formation en météorologie avec M. Jean-Yves Bernot (qui a été le routeur de grands noms comme Ellen Mc Arthur). J’ai suivi un entraînement psychologique avec un coach qui a préparé des skippers pour les Jeux olympiques de Pékin en 2008. Un nutritionniste m’a familiarisée avec un nouveau mode d’alimentation et d’apport énergétique, et j’ai également suivi les conseils d’un spécialiste du sommeil.

4. Comment verrez-vous le monde depuis votre voilier ? Est-il vrai que ce genre d’épopée modifie votre perception du temps et de la vie?

Dans la course au large, le jour et la nuit ne font qu’un. Les moments disponibles pour le repos ou les repas sont rares. Tout est organisé de manière à garder en permanence la vitesse maximum, à trouver la bonne stratégie puis la tactique payante. Puisqu’il s’agit d’une course, on a envie d’être à fond tout le temps, mais il faut aussi se rappeler de ménager le matériel et de s’économiser pour toujours se trouver dans le meilleur état de forme possible, car si un problème survient au milieu de l’océan, personne ne sera là pour vous aider. 

5. Vous devez être particulièrement sensibilisée à l’économie d’énergie et au respect de l’environnement. Pouvez-vous nous en dire plus sur la dimension environnementale de votre régate?

À bord, l’énergie est très précieuse. Sans elle, pas de pilote automatique, pas de GPS. Lors d’une mini transat, l’énergie est produite par des cellules solaires et des piles à combustible, deux sources d’énergie « propre » et efficace, mais celle-ci n’est pas illimitée et doit être utilisée avec parcimonie. Tous les déchets sont stockés à bord pendant la course, pas un seul sachet de thé n’est jeté à la mer. La course et ses organisateurs accordent beaucoup d’importance à la protection de l’environnement et ont créé le « Label Bleue », opération destinée aux enfants de France, de Madère et du Brésil qui vise à préserver l’environnement marin et à découvrir la solidarité et d’autres cultures et civilisations. Les enfants participent à des activités sportives qui développent leur esprit et leur curiosité, et les sensibilisent au développement durable. En 2007, près de 9200 enfants y ont pris part.

 

International Training Centre of the ILO

Viale Maestri del Lavoro, 10
10127 Turin - Italy

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