L’envie d’apprendre

Social Protection

L’envie d’apprendre

Une conversation sur la protection sociale en Côte d’Ivoire avec Bhechyoth Modeste Ayeby, le Sous-Directeur de la Réglementation au Ministère de l'emploi et de la protection sociale

Man looking at the camera

Un vendredi matin d’automne, le long de la rivière Pô, j’ai eu le plaisir de rencontrer Bhechyoth Modeste Ayeby. Bhechyoth est Sous-Directeur de la Réglementation au Ministère de l'emploi et de la protection sociale en Côte d’Ivoire. Ensemble, nous avons discuté de son expérience à l’Académie sur la sécurité sociale et de son rôle dan la protection sociale de son pays. 

À la découverte de la sécurité sociale

Bhechyoth était un des 85 participants à l’Académie. Ce programme de formation est le plus complet offert par le Centre international de formation de l’OIT (CIF-OIT) dans le domaine de la protection sociale. L’Académie aborde des thématiques importantes telles que les stratégies d’extension, l’accessibilité économique, le financement, la gestion et la gouvernance de la sécurité sociale. Cette année, l’Académie a accueilli des participants de 30 pays différents.

Le CIF-OIT a attiré Bhechyoth parce que, pour lui: « Il était important de venir découvrir, de venir apprendre, pour ensuite impacter l’élaboration et la mise en œuvre de nos programmes de protection sociale. »

Pour Bhechyoth, l’Académie était une opportunité d’élargir son expérience dans la protection sociale. Au cours de ces deux semaines, sa perspective a évolué: « Aujourd’hui, en termes de mise en place d’un régime ou bien d’un programme, on comprend que cela doit être fondé sur un dialogue social participatif, incluant toutes les couches de la population. C’est déjà un pas en avant. Tous ces nouveaux concepts que nous venons d’apprendre vont nous permettre de mieux agir sur la réforme de notre pays, sur les programmes qui sont mis en œuvre actuellement. »

J’invite toute l’Afrique à venir au Centre de formation de l’OIT, participer à cette formation-là. Nous pouvons toujours parfaire nos politiques sociales et nous assurer que ce qu’on met en œuvre contribue à l’intérêt général, en luttant contre la pauvreté dans nos pays.

La protection sociale en Côte d’Ivoire

La vaste expérience professionnelle de Bhechyoth dans le monde de la sécurité sociale lui a permis de contribuer à de notables changements dans son pays.

Il nous explique ces succès de façon plus pertinente: « …(J’ai) participé à la mise en place de la couverture maladie universelle dans mon pays; également, à la mise en place d’un régime social pour les travailleurs indépendants; et aussi, à la création d’un régime réglementaire par capitalisation au profit des fonctionnaires. » Bhechyoth réfléchit sur sa carrière jusqu’à maintenant: « Pour moi, c’est vraiment une satisfaction d’avoir participé à tous ces projets majeurs dans mon pays. »

Le monde de la sécurité sociale est complexe et contient de nombreux défis, y compris dans le travail de Bhechyoth. Il cite un exemple: « Dans mon pays, on pense déjà à mettre en place un revenu minimum pour les personnes âgées, parce que jusqu’à présent, ces personnes en sont exclues. Les personnes âgées sont sans revenu parce que pour avoir un revenu à la retraite, il faut avoir travaillé dans le secteur formel. Avec tout ce que j’ai appris ici, j’espère relever ce défi. »

Un regard sur le futur

Pour Bhechyoth, l’amélioration est un objectif constant dans son travail, mais aussi dans sa vie. Il cherche toujours à apprendre et à contribuer à la société de manière positive. 

Quand on lui demande où il se voit dans cinq ans, il répond: « Je voudrais être quelqu’un qui participe encore plus à l’amélioration des conditions de vie. Participer activement, être membre à part entière de la mise en place d’un programme de protection sociale dans notre pays. »

Group photo from the Social Security Academy

Les sujets abordés pendant l’Académie ont eu un impact significatif sur son point de vue: « Comme on l’a appris ici et comme c’est maintenant reconnu, la protection sociale est un outil puissant pour lutter contre la pauvreté. Quand on voit quelqu’un qui n’arrive même pas à manger ou à se soigner, je pense qu’il faut redoubler d’efforts pour couvrir toutes ces personnes-là, elles ont besoin d’un minimum pour survivre. »

Turin, une réflexion sur la sécurité sociale (et le foot)

C’est le premier séjour de Bhechyoth à Turin. Bien qu’il trouve la ville magnifique avec sa riche histoire, il ne peut s’empêcher de considérer sa population du point de vue de la protection sociale.

Voici son souci: « Ce que je ne comprends pas, au sujet de la population, c’est qu’il y a neuf cent mille habitants aujourd’hui alors que, en 1980, il y en avait déjà neuf cent mille! Je me dis: « Mais, il s’agit d’une population vieillissante! » En matière de protection sociale, une population qui ne bouge pas signifie que demain le système de retraites va s’écrouler parce qu’il y aura beaucoup de personnes âgées, et pas assez d’actifs. Alors, qui va cotiser pour celles-ci, dans le cas d’un régime contributif fondé sur la solidarité inter-générationnelle? »

Interviewer and participant talking

Son expertise dans le secteur lui permet de poser une question pertinente sur la situation actuelle de cette partie de l’Italie. 

Échanges et comparaisons entre pays sont au cœur de la collaboration internationale. La capacité de réfléchir et de confronter les bilans de pays différents permet de parvenir un point de vue plus fécond. 

En dehors de son expérience professionnelle, Bhechyoth apprécie un autre aspect de la culture italienne: « J’aime bien regarder le football, surtout Cristiano Ronaldo. »

Une appréciation de la formation

L’Académie a laissé une impression marquante sur Bhechyoth. Pour lui, le Centre a été le cadre idéal pour s’enrichir intellectuellement: « [Le Centre] donne envie d’apprendre. Apprendre rend content, dans un environnement paisible. Cela donne envie de faire bouger les choses quand on revient dans son pays. »

Un tel échange entre cultures se révèle bénéfique à tous les niveaux.

Quand on apprend en dehors de son pays, on devient convaincu que la formation peut nous apporter un « plus » dans nos manières d’agir, d’élaborer nos programmes. Pour nous, c’est un bénéfice incroyable.

Et Bhechyoth conclut sur ces mots: « Merci à Charles et à toute son équipe du Centre international de l’OTI, notamment de l’Académie sur la sécurité sociale. Merci infiniment. »