Des représentants de l’Algérie, de l’Égypte, du Maroc et de la Tunisie échangent leurs expériences nationales et définissent les priorités pour la prochaine étape de la coopération régionale.
Du 20 au 22 mai 2026, des représentants de l’Algérie, de l’Égypte, du Maroc et de la Tunisie se sont réunis à l’Innovation Lab du Centre international de formation de l’Organisation internationale du Travail (CIF-OIT), à Turin, à l’occasion de l’Atelier sous-régional sur les bonnes pratiques des politiques nationales de SST et des mécanismes de contrôle de l’inspection du travail en Algérie, en Égypte, au Maroc et en Tunisie.
Financé par l’Union européenne, cet atelier a été organisé dans le cadre de la phase II du projet « Promouvoir la sécurité et la santé au travail dans les pays du voisinage méridional afin de garantir des conditions de travail sûres et saines aux travailleurs vulnérables », mis en œuvre par l’Organisation internationale du Travail (OIT) à travers son programme phare Sécurité et santé pour tous (Safety + Health for All).
L’atelier visait à capitaliser sur les acquis de la phase II, à comparer les approches nationales et à jeter les bases d’une transition structurée vers la phase III.
Lancé fin 2022 en Algérie, au Maroc et en Tunisie, le projet était initialement axé sur le secteur agricole. Sa phase II, lancée en décembre 2024, a marqué son extension à l’Égypte ainsi que l’élargissement de son champ d’intervention au secteur de la construction.
Cette deuxième phase visait à renforcer les systèmes d’inspection du travail, à soutenir l’élaboration et la mise en œuvre de plans d’action dans les secteurs de l’agriculture et de la construction, à améliorer les politiques et les cadres juridiques nationaux en matière de sécurité et de santé au travail (SST), à promouvoir les normes internationales du travail et à favoriser l’échange de connaissances à l’échelle régionale.
Les rapports du projet font état d’interventions dans plusieurs domaines complémentaires : la planification stratégique de la mise en conformité, la formation des inspecteurs du travail, l’élaboration de profils et de stratégies nationaux en matière de SST, la sensibilisation aux normes internationales du travail, le dialogue avec les organisations d’employeurs et de travailleurs, ainsi que les échanges entre les pays participants. Plus de 500 acteurs nationaux et régionaux ont été associés aux activités consacrées à la SST, à l’inspection du travail et au dialogue social.
Les avancées ont pris des formes différentes selon les pays.
En Algérie, le projet a soutenu des formations sur la planification stratégique de la mise en conformité et les techniques d’inspection, notamment dans le secteur de la construction, ainsi que la création d’un groupe de travail composé d’inspecteurs du travail.
En Égypte, il a accompagné l’élaboration et la validation du premier profil national de SST du pays. Il a également apporté un appui technique, à travers deux ateliers, aux travaux préparatoires à l’élaboration d’une première stratégie nationale de SST et de programmes nationaux dans ce domaine.
Au Maroc, les activités ont notamment permis un échange d’expériences avec l’Espagne sur la planification stratégique de l’inspection du travail et l’élaboration d’un plan pilote d’inspection, tout en favorisant la coordination entre les institutions nationales, les partenaires sociaux et les organismes des Nations Unies.
En Tunisie, trois ateliers de renforcement des capacités consacrés à la planification stratégique de la mise en conformité ont été complétés par une journée de sensibilisation à la stratégie nationale de SST et une journée dédiée à la promotion de la SST auprès des travailleurs du secteur de la construction. Ces initiatives ont contribué à relancer les discussions autour de la politique nationale de SST et de son processus de validation institutionnelle.
L’atelier de Turin a permis de mettre en commun ces différentes expériences.
La première journée a été consacrée au bilan de la phase II.
Les participants ont passé en revue les réalisations du projet, examiné la contribution de la coopération internationale et comparé les initiatives nationales visant à promouvoir la sécurité et la santé au travail. Ils ont également échangé sur l’intégration de la planification stratégique de la mise en conformité dans les pratiques d’inspection du travail, ainsi que sur la contribution des partenaires sociaux aux actions menées en matière de SST et d’inspection du travail.
L’un des thèmes récurrents des échanges a porté sur les liens entre les politiques de SST et l’efficacité de l’inspection du travail.
Le projet a soutenu le recours à la planification stratégique de la mise en conformité afin d’aider les services d’inspection du travail à identifier les risques et les secteurs prioritaires, et à associer des inspections ciblées à des actions de sensibilisation, à des outils techniques, à la coopération avec d’autres acteurs et à des mécanismes de suivi.
Plusieurs défis ont été relevés dans les secteurs de l’agriculture et de la construction, notamment le travail informel, l’insuffisance des équipements de protection, les risques de chute, l’exposition aux produits chimiques, les risques climatiques ainsi que les formes d’emploi saisonnières ou précaires.
Les participants ont ainsi examiné comment renforcer la planification stratégique des activités d’inspection et favoriser une meilleure articulation entre les cadres nationaux de SST, les mesures de prévention et les pratiques d’inspection du travail.
L’atelier a ensuite permis de passer des objectifs aux modalités concrètes de mise en œuvre.
Répartis en groupes, les participants ont sélectionné un objectif prioritaire et conçu un mécanisme simple susceptible de contribuer à sa réalisation. Parmi les pistes proposées figuraient la création de comités, l’élaboration de protocoles et d’outils, l’organisation de formations et de campagnes de sensibilisation, la collecte de données, la réalisation d’inspections ciblées et le renforcement des échanges régionaux.
Pour chaque mécanisme, les participants devaient préciser les acteurs à mobiliser, les modalités de fonctionnement, les conditions nécessaires à sa mise en œuvre ainsi qu’un indicateur simple permettant de mesurer les progrès accomplis.
L’objectif n’était pas d’élaborer des propositions de projets complètes, mais de commencer à traduire les grandes priorités identifiées en dispositifs institutionnels concrets et opérationnels.
Les partenaires sociaux ont été associés tant au projet qu’à la méthodologie de l’atelier.
Les discussions ont réuni des représentants des institutions gouvernementales, de l’inspection du travail et des autorités compétentes en matière de sécurité et de santé au travail (SST), des organisations nationales d’employeurs et des organisations représentatives des travailleurs, ainsi que des experts de l’Organisation internationale du Travail (OIT) et des représentants de la Commission européenne.
L’atelier a permis d’examiner les domaines dans lesquels les organisations d’employeurs et de travailleurs pourraient contribuer le plus efficacement — notamment la prévention, la sensibilisation, l’échange d’informations, la formation et le suivi — ainsi que les mécanismes susceptibles de rendre leur participation plus structurée et durable.
Une session spécifique a présenté des outils innovants et des exemples d’utilisation de l’intelligence artificielle dans les domaines de la sécurité sociale, de la SST et de l’inspection du travail, en s’appuyant sur des expériences internationales telles que le modèle prédictif de ciblage des inspections mis en place en Albanie, l’utilisation de l’intelligence artificielle générative au Brésil pour l’analyse des dossiers ainsi que d’images satellitaires et prises par des drones pour repérer les lieux de travail non déclarés, et l’approche fondée sur les données adoptée en Allemagne pour la prévention des accidents du travail.
La présentation a abordé la transformation numérique à travers plusieurs éléments interdépendants — objectifs, données, méthodologie, outils, processus et personnes — en mettant en avant un message central : la numérisation doit commencer par l’identification du problème institutionnel à résoudre, plutôt que par le choix préalable d’une technologie.
La session a également permis de présenter de nouveaux outils de renforcement des capacités développés au sein du Laboratoire d’innovation du Centre, notamment des simulations immersives faisant appel à des avatars fondés sur l’intelligence artificielle, conçues pour renforcer les compétences des inspecteurs du travail en matière de conduite d’entretiens et de rédaction de rapports. Les supports présentés ont mis en évidence plusieurs aspects essentiels, tels que la qualité des données, la confidentialité, les compétences, les biais, la maintenance et la supervision humaine.
Lors de la dernière journée, chaque délégation nationale a travaillé à l’élaboration d’une feuille de route nationale concise.
Chaque délégation a été invitée à identifier jusqu’à deux acquis de la phase II à consolider, un objectif prioritaire, un maximum de trois actions, une innovation ou un outil à expérimenter, les appuis nécessaires pour la prochaine phase, un indicateur simple de progrès ainsi qu’une action pouvant être lancée dans un délai d’un à trois mois après l’atelier.
L’atelier s’est conclu par la consolidation des engagements autour des feuilles de route nationales et sous-régionales pour la phase III.
Trois messages principaux se sont dégagés de ses conclusions :
L’atelier a ainsi assuré la transition entre les différentes phases du projet.
Il a permis de mettre en commun les expériences accumulées depuis 2022, d’offrir un espace de comparaison des approches nationales et de traduire les enseignements tirés en priorités opérationnelles pour l’Algérie, l’Égypte, le Maroc et la Tunisie.
Les feuilles de route élaborées à Turin constituent le point de départ de cette nouvelle étape de travail.